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3.6.2026

[Enquête] Quelles perspectives pour le bâtiment en 2026 ?

Le secteur de la salle de bains est fortement tributaire de la santé du bâtiment, en construction neuve comme en rénovation. Or, après trois années de crise, celui-ci est en train de se redresser, sous l’effet de facteurs favorables : le nouveau dispositif Jeanbrun pour relancer la construction de logements neufs, ou encore le maintien de l’enveloppe allouée au dispositif MaPrimeAdapt’ devraient stimuler l’activité des plombiers-installateurs dès 2026. Une reprise cependant fragile, qui est menacée par les conflits au Moyen-Orient et le risque de remontée des taux d’intérêt des emprunts immobiliers.

François SALANNE

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Après trois années sombres, entre 2023 et 2025, qui se sont soldées par un recul cumulé de l’activité de 11 %, et marquées notamment par une baisse sévère de la construction neuve, l’éclaircie semble se dessiner au premier trimestre 2026 pour le secteur du Bâtiment en France.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de l’embellie qui est attendue : « L’adoption de la loi de finances pour 2026 change la donne pour le bâtiment. De fait, elle maintient le PTZ (Prêt à Taux Zéro), ainsi que le budget alloué par l’Anah à MaPrimeRénov’ et MaPrimeAdapt’. Mais surtout, elle abaisse de 400 millions d’euros par rapport à 2024 la ponction sur les bailleurs sociaux au titre de la Réduction de loyer de solidarité (RLS) et met en place le dispositif “Jeanbrun”, d’application immédiate », synthétise la Fédération Française du Bâtiment (FFB) dans sa note de conjoncture du 17 mars dernier. L’ensemble de ces mesures laisse donc entrevoir une relance du secteur, avec notamment un déblocage d’opérations dans la promotion immobilière dès 2026, sous l’effet conjugué de la réduction de la RLS, qui libère de la trésorerie pour les bailleurs sociaux, et du dispositif Jeanbrun qui stimulera les investissements locatifs. Du reste, le redressement s’observe déjà : les mises en chantier de logements neufs sont en hausse de 24,5 % et les permis de construire de 10,1 %, sur la période novembre 2025-janvier 2026 par rapport à la même période il y a un an. De plus, 308 000 logements neufs devraient être mis en chantier en 2026 selon l’organisation professionnelle, soit une progression de 11,2 % par rapport à l’exercice précédent (même si la promotion, en amont de la filière, souffre toujours avec -7,2 % sur le même trimestre en glissement annuel)

Hors effet prix, l’activité d’ensemble du bâtiment devrait donc enregistrer une croissance de 2,1 % en 2026.

Logement neuf : les principaux indicateurs (en glissement annuel novembre 2025 – janvier 2026 vs novembre 2024 – janvier 2025)

UN NOUVEAU MOTEUR : LE DISPOSITIF JEANBRUN

Longtemps désigné sous l’appellation de “statut de bailleur privé”, le dispositif Jeanbrun, inclus dans la loi de finances pour 2026 et entré en vigueur en février dernier, est un dispositif de défiscalisation qui remplace l’ancien dispositif Pinel. Il permet aux investisseurs de déduire de leurs impôts jusqu’à 12 000 € de revenus locatifs, pour des investissements réalisés soit dans la construction neuve, soit dans la rénovation de l’ancien, en contrepartie d’un engagement de location de neuf ans ainsi que de loyers encadrés.

Si ce dispositif a clairement pour objectif de relancer la construction neuve et la rénovation de logements via des investissements locatifs privés, quel peut être son impact sur les métiers du bâtiment, et notamment l’activité des plombiers-installateurs ? Le dispositif Jeanbrun va être un accélérateur pour la réalisation de salles de bains à grande échelle, mais ces travaux interviendront à la fin des chantiers qui vont démarrer au premier semestre 2026, c’est-à-dire pas avant fin 2026-début 2027. Il faut également tenir compte des exigences liées au dispositif : « Pour être éligibles à la défiscalisation, les logements neufs construits doivent correspondre à un Diagnostic de performance énergétique (DPE) classé A ou B, ce qui implique un coût de construction élevé et un retour sur investissement plus incertain qui pourrait freiner certains investisseurs », tempère Serge Cunin, président de la commission plomberie au sein de l’UMGCCP (Union des Métiers du Génie Climatique, de la Couverture et de la Plomberie de la FFB) et dirigeant du groupe Cunin, spécialisé dans le génie climatique et la plomberie. « D’autre part, les projets de rénovation éligibles au dispositif sont ceux dont les travaux correspondent à 30 % de la valeur du bien, ce qui là encore met la barre assez haut et ne concernera que les projets les plus importants », précise-t-il.

Le dispositif Jeanbrun est l’outil mis en place par les pouvoirs publics pour atteindre la production de 400 000 logements par an ; il aura donc bien un effet de levier positif sur la production de logements, mais son ampleur reste encore difficile à quantifier à ce stade.

NON RÉSIDENTIEL : DES PERFORMANCES INÉGALES

La note de conjoncture de la FFB nous apporte également un éclairage sur la construction neuve pour les bâtiments non résidentiels. Ainsi, une comparaison entre les périodes novembre 2024 à janvier 2025 et un an plus tard (novembre 2025 à janvier 2026) fait apparaître une progression des mises en chantier de 8,3 %, grâce à une forte hausse de 32,8 % des locaux administratifs – faut-il y voir un lien avec les récentes élections municipales ? – ainsi que des hébergements hôteliers (+ 21,6 %), des locaux agricoles (+16,3 %), et des commerces (+9,7 %). A contrario, les locaux industriels stagnent (-0,5 %), tandis que les mises en chantier de bureaux continuent de chuter (-11,1 %). Sur la même période de référence, les permis de construire sont en baisse de 15,3 %, en raison de l’effondrement des bâtiments industriels et assimilés (-37,3 %) et des baisses des locaux agricoles et bureaux, qui enregistrent respectivement -9,0 % et -7,8 %. À l’opposé, les bâtiments publics ont encore un peu progressé à l’approche des municipales, à +3,1 %, derrière les commerces (+18,3 %) et les hôtels (+32,0 %) qui, pour leur part, sont en forte progression.

Non résidentiel neuf : les principaux indicateurs (en glissement annuel novembre 2025 – janvier 2026 vs novembre 2024 – janvier 2025)

UN SECTEUR DYNAMIQUE : L’HÔTELLERIE

Si la construction neuve reprend des couleurs après des années difficiles et offre de bonnes perspectives dans les mois et années qui viennent, le secteur de la rénovation n’a pas connu de coup d’arrêt et a permis aux entreprises artisanales, notamment les plombiers–installateurs, de maintenir leur niveau d’activité. C’est particulièrement vrai pour le secteur de l’hôtellerie, où les investissements sont soutenus par un secteur du tourisme qui se porte bien. « Nous constatons une activité importante dans la rénovation de salles de bains de chambres d’hôtels dans notre région, où il y a beaucoup de tourisme thermal, confirme Serge Cunin. Notre entreprise spécialisée en plomberie, Jules Cunin, a par exemple rénové les 110 salles de bains de l’hôtel Ermitage à Vittel (Vosges), avec des appareils sanitaires et de la robinetterie de belle qualité, un type d’opération que l’on constate dans de nombreuses régions touristiques en France. » Le chef d’entreprise précise par ailleurs que les demandes des propriétaires hôteliers portent sur la réalisation de douches à l’italienne avec une accessibilité garantie sans ressaut, tandis que la baignoire est quasiment toujours supprimée, jusqu’au niveau 3 étoiles compris. Le choix se porte souvent sur la réalisation de douches plafonnières, avec douchette, tandis que les lavabos avec colonnes laissent place à des meubles portant une vasque à poser ou à encastrer, alimentée par une robinetterie de plus en plus thermostatique. « Compte-tenu de ce qui se dit aujourd’hui sur les réseaux sociaux, les hôteliers ont tout intérêt à rénover leurs chambres et leurs sanitaires, sous peine de perdre leurs clients en cas de vétusté », ajoute le chef d’entreprise.

Autre tendance du marché : la transformation de bâtiments de bureaux en logements, aussi bien résidences étudiantes ou seniors, que logements classiques. Les surfaces tertiaires considérables aujourd’hui inoccupées d’une part – on estime que 6,2 millions de m2 chercheraient preneur uniquement en Ile-de-France – et le besoin criant en logements d’autre part, incitent de plus en plus d’investisseurs à réaliser ce type d’opération, qui se solde par la création d’un volume important de salles de bains.

MAPRIMEADAPT’ : DISPOSITIF MAINTENU MAIS COMPLEXE

Autre élément de nature à soutenir l’activité pour les artisans plombiers, les montants alloués au dispositif MaPrimeAdapt’ sont maintenus, dans le budget de 2026, au niveau de 2025. Ce dispositif a pour but de soutenir le financement des travaux d’adaptation des logements, pour permettre aux personnes en perte d’autonomie ou en situation de handicap – suite à un accident de la vie par exemple – de rester vivre à leur domicile. Les personnes qui peuvent bénéficier de MaPrimeAdapt’ sont celles âgées de 60 à 69 ans en perte d’autonomie précoce légère ou lourde justifiant d’un niveau de GIR (groupe iso-ressources) de 1 à 6, ou âgées de 70 ans et plus sans condition de GIR. Il s’adresse aussi aux personnes en situation de handicap justifiant d’un taux d’incapacité d’au moins 50 % ou éligibles à la prestation de compensation du handicap (PCH), sans condition d’âge. Le dispositif peut financer jusqu’à 50 % et même 70 % du montant des travaux d’adaptation du logement, jusqu’à un plafond de 22 000 euros hors taxes, et sous condition de ressources : les bénéficiaires doivent justifier d’un revenu “très modeste” ou “modeste”, selon un barème précis établi par les pouvoirs publics. Une grande partie des travaux pris en charge concernent d’ailleurs la salle de bains : il s’agit de la pose d’une baignoire avec porte, du remplacement de la baignoire par une douche avec aménagements senior, de la création d’une douche italienne de plain-pied, ou encore de l’installation d’un lavabo PMR ou d’un WC surélevé. « Nous avons dans notre clientèle beaucoup de seniors à partir de 65 ans, qui réalisent ce genre de travaux en prévision de leurs vieux jours, et ce marché de l’adaptation du logement se développe, commente Serge Cunin. Quand ce sont des couples qui ont chacun une retraite suffisante, ils n’ont pas de soucis pour les financer. Quand ils ont des revenus plus modestes, alors MaPrimeAdapt’ est la bonne solution, mais il faut s’organiser et prendre le temps nécessaire à la constitution du dossier qui reste compliqué à établir au plan administratif. »

UN MARCHÉ QUI RESTE TENDU

Pour le vice-président de l’UMGCCP, le marché de la plomberie reste, au premier semestre 2026, marqué par l’attentisme des clients : « En temps normal, un artisan plombier qui est bien implanté sur sa zone de chalandise et qui a bonne réputation obtient en moyenne, sur trois devis produits, entre 1,5 et 2 affaires, explique-t-il. Or ce n’est pas du tout le cas en ce moment, car nous avons une centaine de devis qui sont restés sans réponse. Cela ne veut pas dire que les chantiers ne vont pas se faire, mais on ne sait pas quand et on attend toujours. » Une situation qui crée des effets pervers, car les entreprises qui ont moins de travail ne veulent pas se séparer de compagnons plombiers qu’elles ont mis plusieurs années à former ; elles ont donc tendance à réduire leur prix, ce qui met en danger leur pérennité. De leur côté, les clients ont tendance à retenir les entreprises les moins chères, ce qui crée une spirale vers le bas et met en péril la qualité des chantiers réalisés : ces entreprises sont souvent celles qui emploient les compagnons les moins qualifiés et celles qui offrent le moins de garantie.

Attention aussi à une autre dérive, alerte Serge Cunin : « On trouve aujourd’hui sur le marché des sociétés qui sont plus soucieuses de faire du commerce que de respecter les règles de l’art. Elles utilisent de plus en plus des sous-traitants (voire des auto-entrepreneurs) pour effectuer les travaux, sans garantie de satisfaction du client final, ce qui peut créer des situations inextricables en cas de sinistre. » Dans un tel contexte, les artisans plombiers ont intérêt plus que jamais à planifier au mieux leur activité, depuis les achats des produits jusqu’à la livraison du chantier, et à faire la chasse aux coûts inutiles, en appliquant notamment le concept du “lean management”, destiné à optimiser leur compétitivité.

LES INCERTITUDES DU CONTEXTE INTERNATIONAL

Enfin, la FFB prend en compte dans sa note de conjoncture les conflits du Moyen-Orient, auxquels elle attribue pour l’instant un impact limité : « À ce stade, la prévision de la FFB n’intègre pas de dégradation plus générale que pourrait entrainer la crise qui secoue le Moyen-Orient, de l’Iran et du Golfe Persique jusqu’en Israël, au Liban, en Turquie, et même en Asie, de très loin première importatrice du pétrole, du gaz et d’autres matières premières transitant par le détroit d’Ormuz », peut-on lire dans sa note de conjoncture. En effet, elle ne constate pas de réel problème d’approvisionnement en Europe, à la différence de ce qu’on avait connu au sortir de la phase aigüe de la crise sanitaire. D’autre part, les tensions actuelles concernent avant tout le pétrole et ses dérivés, qui ont moins d’impact sur le bâtiment que le gaz et l’électricité, indispensables à la production de matériaux comme l’acier, l’aluminium, le ciment ou le verre. Or, seules 3 % des exportations de gaz en provenance des pays qui bordent le Golfe Persique vont à l’Union européenne, et le Qatar ne fournit que 4 % des importations de gaz de l’Union européenne.

Aujourd’hui, le principal risque que font peser ces crises sur l’activité du bâtiment est donc une augmentation des prix de certains matériaux, la meilleure façon de s’en prémunir pour les entreprises consistant à indexer leurs devis et leurs marchés. Au-delà des prix, ce contexte pourrait avoir un impact négatif sur la confiance des acteurs et sur leurs intentions d’investir.

On constate par ailleurs une remontée du taux des obligations d’État à 10 ans, qui pèsera sur la dette publique française et qui risque de faire repartir à la hausse les taux d’emprunt immobiliers, ce qui pourrait provoquer une rechute de cet autre marché... lequel avait tout juste amorcé une reprise fin 2025 et conditionne aussi la bonne santé du secteur de la salle de bains.

DISPOSITIF DE DÉFISCALISATION JEANBRUN : LES POINTS CLÉS

  • Critères à respecter pour les logements neufs : DPE A ou B.
  • Critères à respecter pour les rénovations : un montant de travaux égal à 30 % de la valeur du bien.
  • Engagement de l’investisseur : louer pendant 9 ans avec loyers encadrés.
  • Réductions d’impôts : jusqu’à 12 000 euros de revenus locatifs par an.

MAPRIMEADAPT’ : QUELS SONT LES TRAVAUX CONCERNÉS ?

Le dispositif d’aide à l’adaptation du logement pour les personnes en perte d’autonomie ou en situation de handicap concerne différents travaux de plomberie : la pose d’une baignoire avec porte ; le remplacement de la baignoire par une douche avec aménagements senior ; la création d’une douche italienne de plain-pied ; l’installation d’un lavabo PMR ; l’installation d’un WC surélevé.

VERS UNE SIMPLIFICATION DE LA REP PMCB

Plusieurs modifications à la REP Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment interviendront en 2026, en réponse aux attentes des artisans du secteur, dont beaucoup considèrent que le dispositif qui est en place pour la collecte et le recyclage des déchets de chantier n’atteint pas les objectifs promis en échange des éco contributions versées. Concrètement, les artisans plombiers sont tenus de trier leurs déchets de chantier par matériau – porcelaine, métal, bois, carton, etc – et de les acheminer jusqu’au point de collecte et recyclage le plus proche de leur entreprise. Mais le maillage est encore insuffisant, et beaucoup doivent faire de longues distances, coûteuses en temps et en carburant, pour remplir cette obligation. Or, à l’issue d’une année de concertation entre le Ministère de la transition écologique et les parties prenantes (éco-organismes, organisation professionnelles, déchetteries, etc.), cinq mesures vont simplifier de manière significative le processus :

  1. Le renforcement du maillage territorial en points de collecte, pour offrir des solutions proches, accessibles et adaptées aux besoins des artisans et entreprises, et supprimer les zones blanches.
  2. Le recentrage du dispositif sur les filières qui en ont réellement besoin, c’est-à-dire celles pour qui “massification et recyclage” restent difficiles, ce qui permettra une réduction des coûts de la REP.
  3. Une visibilité sur les éco-contributions, avec un délai de prévenance de neuf mois pour toute modification de barème, qui laisse aux entreprises le temps pour les intégrer dans leurs devis et leurs marchés.
  4. La création d’un fonds dédié à la lutte contre les dépôts sauvages.
  5. Une remise à plat de la gouvernance de la REP PMCB, afin que chaque euro payé par les artisans et les entrepreneurs serve à améliorer concrètement la collecte, le recyclage et le réemploi des matériaux. Il y aura par exemple la fixation d’un délai maximal entre la signature d’un contrat type par une collectivité et la mise en place effective des soutiens ou la prise en charge des déchets

Enfin, dans le cadre du projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (DDADUE), un texte est en préparation pour renforcer les sanctions à l’encontre des éco-organismes ne respectant pas les objectifs fixés par leur cahier des charges, et mieux lutter contre les entreprises non-contributrices.

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